La
Maison dans son contexte géographique
Le Climat en Provence et ses conséquences
sur l'habitat
Le contexte géologique
Le climat en Provence et ses conséquences sur
l'habitat.
Le climat provençal se caractérise
par trois données :
- un ensoleillement : le plus important de
France avec des étés secs (2700 à 2900 heures par an)
;
- un vent violent qui emprunte la vallée
du Rhône : le mistral .Il va affecter surtout les départements
du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône, sera d'une intensité moins
forte dans les départements du Var et des Alpes-Maritimes ;
- des précipitations fortes et soudaines.
Il pleut en moyenne 900 à 1000 mm en moyenne sur l'arriére
pays et 600 à 700 mm sur les côtes. Il peut y avoir des précipitations
de 100 mm en l'espace de 24 heures ( à Vaison-la-romaine en 1992,
179 mm en quelques heures! ).
- une lumière forte et abondante.
- l'opposition des éléments.

L'ensoleillement
L'ensoleillement en Provence est le plus important de la France. Le département
du Var ainsi que celui du Vaucluse sont les plus ensoleillés de France.
Ce qui frappe la Provence, c'est son soleil. Un soleil qui frappe durement
les façades, les terrasses et qui oblige à une protection.
L'hiver, il y a tout intérêt à le faire entrer le plus
profondément à l'intérieur des pièces. L'été,
il faut le contenir, l'empêcher de rentrer. Ceci conduit à
une situation paradoxale : de trop grandes ouvertures seront favorables
l'hiver mais redoutables l'été.
La Provence est recherchée pour son soleil. C'est son atout le plus
important. Quand il ne brille pas, les provençaux ne se sentent pas
bien, ils sont inquiets .Leur caractère se modifie. Ils trouvent
cela anormal. Ils se mettent à rechercher des causes, pensant par
exemple qu'il y a un dérèglement planétaire et parlent
de couche d'ozone. Ils deviennent irascibles et coléreux. Tout en
effet est régi pour qu'il soit célébré. Quand
il est là, ils s'en protègent, ferment les volets de leur
maison .Ils ne sortiront jamais torse nu pour lui rendre hommage. L'été,
l'astre devient feu. C'est le "cagnard", un soleil brûlant
! "Fai un souleù que toumbo qu'en suco" . La chaleur devient
excessive ; il faut s'en protéger .
Typologie
Pour une maison, le problème est simple : l'arrêter l'été
quand il est au plus fort, l'hiver au contraire, le faire entrer. A partir
de cette situation, il faudrait une maison d'été et une maison
d'hiver ce qui en soi est difficilement concevable ; par contre, on peut
envisager des pièces d'été et des pièces d'hiver.
La typologie de la maison, en fonction de l'ensoleillement , serait donc
:
L'été :
- petites ouvertures,
- débords de toits,
- treilles,
- obstacles végétaux,
- volets,
- plantations d'arbres à haute tige sur la terrasse,
- plantes grimpantes sur la façade (vignes vierges, glycines, etc.)
L'hiver :
- ouvertures hautes et larges,
- plus d'obstacle végétal,
- arbres et treilles à feuilles caduques,
- plantes grimpantes à feuilles caduques.
- volets.


Les vents dominants
Le mistral nait d'une situation météorologique qui combine
à la fois un refroidissement sur les sommets alpins, l'amenant à
s'engouffrer dans le couloir rhodanien attiré vers une forte dépression
située dans le golfe de Gênes. A partir de Valence où
il devient mistral, sa force s'accentue le long du couloir à des
pointes pouvant dépasser les 100 Km./h. Il prend Avignon de plein
fouet au nord (on dit qu'à Avignon le vent ne s'arrête pas),
puis il s'inclinera légèrement en direction nord-ouest pour
atteindre la région aixoise et sera parallèle à la
côte vers Toulon où il est en ouest. En Camargue, il sera plutôt
nord-est. Sa vitalité diminuera pour n'être qu'une petite bise
à St-Raphaël.
Il s'agit de se garantir au mieux
contre les vents dominants de manière à ce que le volume construit
puisse, par la masse qu'il représente, constituer un obstacle et
sur la façade qui lui est opposée, une zone abritée.
Il est aussi nécessaire de placer sur la façade nord-ouest
qui reçoit de face le mistral, des annexes qui permettent de créer
un obstacle pour briser sa force .C'est devant la façade sud que
la terrasse donne ainsi le maximum de garantie contre son agressivité
. On comprend que le paysan qui passe toute sa journée face aux vents
et cherche à se garantir au mieux de sa brutalité qui pouvait
le rendre fou. Seule la façade sud se trouvait à l'abri.
La porte d'entrée se situe le plus souvent au sud ainsi que la porte
charretière pour éviter que les rafales de vent ne pénètrent
à l'intérieur. Les animaux se trouvent au sud comme le poulailler,
le cochonnier et bien sûr, les écuries . C'est également
au sud que les pigeonniers possédaient leur grille d'envol .
Certains mas présentent des volumes groupés en U ou en L autour
d'une cour ayant pour effet de répondre à cette volonté
d'offrir un meilleur abri sur la façade sud.

Typologie
Contre le vent, il n'y a pas seulement lieu de se garantir de ses effets
quand on se trouve dehors, il y a lieu également de se protéger
quand on est à l'intérieur et de prendre des dispositions
techniques pour qu'il ne fasse pas de dégâts :
- Prise des tuiles au vent , ce qui conditionne la pente
des toitures. Les tuiles sont le plus souvent bâties. Les anciens
n'hésitaient pas à mettre des pierres dessus pour les empêcher
de se soulever. La force du vent est telle que des tuiles bâties peuvent
être emportées comme un fétu de paille par une tornade.
- Le sens des tuiles sur le faîtage doit être opposé
au vent dominant.
- La position de la souche doit être calculée et construite
pour éviter que la cheminée ne fume.
- L'étanchéité des menuiseries et des portes doit être
suffisante pour éviter que le vent entre et qu'il siffle. Ceci a
toujours été un point délicat dans leur fabrication.
Les anciens avaient trouvé des solutions plus ou moins convaincantes
mais nos techniques modernes permettent de résoudre ces problèmes
d'étanchéité pratiquement à 100%.

Les pluies
Si la Provence est considérée comme un pays où il ne
pleut pas ou presque pas, il n'empêche que les précipitations
peuvent prendre des proportions gigantesques et catastrophiques en quelques
heures. Il suffit de se rappeler le drame de Vaison-La-Romaine (en septembre
1992) où en deux ou trois heures l'Ouvèze est montée
de plusieurs mètres entraînant tout sur son passage.
Tous les provençaux ont encore en mémoire la violence de ces
précipitations ; une Durance pleine, des crues soudaines, des vignobles
inondés, des routes coupées et des ruissellements emportant
des morceaux de colline.
L'extrême violence des pluies et leur soudaineté a permis de
poser le problème d' un habitat implanté sur des zones inondables.
Les anciens connaissaient parfaitement ces zones et évitaient de
construire dans des sites en creux ou avoisinant des rivières et
des fleuves. Ils recherchaient d'une manière générale
les sites dominants.
Typologie
La construction elle-même doit répondre à un certain
nombre d'impératifs pour se garantir de la force des pluies. Sans
ignorer sa position et son implantation sur le terrain, il y a lieu de
- ne pas construire près d'un cours d'eau de rivière. Chaque
rivière peut se transformer en torrent.
- ne pas construire dans des cuvettes, dans des dépressions sur des
fonds plats, mais toujours rechercher la hauteur, le point dominant, là
où les eaux de ruissellement n'auront pas tendance à se déverser.
- éviter les ouvertures sur des façades trop exposées
à la pluie -en Provence, la façade Est - ne pas avoir de porte
sur cette façade.
- se garantir des ruissellements qui proviennent des terrains au-dessus
en pentes.
- ne pas faire un plancher au dessous du terrain naturel même pour
un garage.
- ne pas se placer sur des lignes de grande pente surtout si l'on se situe
adossé à une colline.
- s'assurer que tous les murs enterrés (infrastructure) reçoivent
à l'extérieur une étanchéité et un dispositif
drainant.
- permettre à l'eau de s'écouler et que la maison ne constitue
pas un barrage.
- éviter de transformer les espaces extérieurs en surfaces
étanches à la pénétration de l'eau ce qui aggrave
le ruissellement. De plus en plus, les règlements de P.O.S. (Plan
d'Occupation des Sols qui réglemente le territoire) précisent
la proportion des surfaces modifiées (voies, parking, terrasses,
emprises bâties ) par rapport à la surface du terrain.

La lumière
Sans cette lumière vive, aiguë, rayonnante, la Provence semblerait
sans doute bien triste ; lumière faite de soleil et du grand purificateur
qu'est le mistral ; pure lumière de chaque instant de nos paysages,
de nos maisons, de nos jardins. Sans cette lumière nous aurions l'impression
d'habiter une terre étrangère, sûrement plus au nord
et sûrement plus triste.
Lumière chaude qui anime les façades et la couleur des enduits,
des murs de pierre. Lumière de la joie de vivre, Lumière de
fête. .
La lumière en Provence, si forte, si aveuglante, si souveraine, change
pourtant à chaque instant et c'est avec ses modifications de tonalité
qu'il faut composer. Nous devons élever murs et façades pour
qu'elle puisse jouer. Cette lumière, maîtresse des lieux, porte
des ombres fortes, des zones sombres découpées par l'architecture
; le débord d'une génoise, le décrochement d'une façade.
Une ombre épaisse, profonde qui par opposition mettra en clarté
les zones éclairées par cette lumière. L'ombre change,
devient plus lourde d'heure en heure. Il y a lieu de distinguer les ombres
propres et les ombres projetées. Les ombres propres sont celles qui
naissent de la forme même et lui donnent du relief (exemple une sphère,
un chapiteau) ; sans l'ombre propre, un corps apparaîtrait moins signifiant,
moins modelé. Les ombres projetées sont composées d'une
forme en avancée par rapport à une autre (exemple : une génoise
qui porte ombre sur le mur d'une façade) .
On doit se protéger de cette lumière si forte, si blanche.
C'est une lumière qui mange les couleurs, avale tout sur son passage,
détruit les volumes. Il faut savoir la contenir, la laisser passer
en la dosant, en la retournant, en l'adoucissant ; si, par de trop grandes
ouvertures, on la laisse pénétrer en toute liberté,
non seulement elle éblouira par son éclat, sa force, mais
elle s'en prendra à la peinture, aux objets et leur enlèvera
toute couleur et tout relief.
Typologie
Pour apaiser cette trop grande lumière, la maison
provençale répondait par :
- des tons intérieurs ocrés, relativement foncés, en
évitant le blanc
- des volets sur les ouvertures pour tamiser la lumière
- une treille sur la façade sud pour que la lumière en la
traversant perde de son acuité.
Opposition
des éléments
La Provence est excessive dans la manifestation de ses éléments.
Que ce soit le feu : on a tous en mémoire les terribles incendies
qui ont ravagé en quelques jours des milliers d'hectares ; que ce
soit l'eau avec les inondations de ces dernières années ;
que ce soit l'élément vent avec les tornades capables de déraciner
des arbres . Même en-dehors de ces séismes qui sont comme la
crète, l'apogée d'une manifestation brutale, il y a toujours
une opposition. Si dans sa géographie, son relief, ses paysages,
la Provence est une terre de contrastes, elle l'est aussi dans ses manifestations
climatiques entre pluie et sécheresse, froid et chaleur, vent et
accalmie, lumière et ombre.
Cette opposition se retrouve sur cette terre ; pour la lumière par
exemple il y a une opposition entre une forte clarté, un soleil très
fort et des pénombres et des ombres en obscurité. Pour l'eau,
opposition entre des précipitations et une sécheresse, pour
le vent opposition avec un mistral très fort et des périodes
d'accalmie. Egalement opposition dans les températures, températures
très chaudes et températures très froides.
Donc l'habitat provençal doit permettre de se garantir et être
une barrière contre la manifestation de ces éléments.
Il suffit de voir la leçon des anciens et les moyens qu'ils ont utilisés
pour tenter d'y répondre.
Contre l'eau : une position toujours dominante jamais dans une cuvette.
Peu d'ouvertures sur la façade Est, la plus exposée aux rafales
de pluie. Ils connaissaient les crues, les inondations. En bordure du Rhône,
ils chaussaient les pieds des maisons et n'hésitaient pas à
habiter à l'étage, même pour les animaux qui accédaient
à ce niveau par une rampe.
Contre le vent : la recherche de lieux abrités par un relief, par
une haie d'arbres ou de thuyas. Ils évitaient de se placer dans un
couloir de vent. Ils savaient que le mistral pouvait être si fort
et si tenace qu'il pouvait "arracher les oreilles de l'âne".
Contre les incendies : ils évitaient les implantations en zone de
forêts ; ils prévoyaient le site de la construction à
une distance d'environ 30 m des zones boisées. Les maisons anciennes
étaient souvent la proie d'incendies, puisque les planchers, la charpente
étaient en bois et que les maisons construites en voûtes étaient
rares.
Ces simples règles sont, à notre époque, trop souvent
oubliées. On a tendance à croire que les progrès réalisés
nous mettent à l'abri de ces contraintes et que l'on peut se permettre
n'importe quoi. Le fait d'urbaniser, de bétonner accentue l'imperméabilité
des sols et provoque l'augmentation du débit, alors que l'on pourrait
au contraire s'attendre à ce que notre système d'évacuation
des eaux pluviales pourtant largement dimensionné puisse y faire
face.

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