© Photos C. Duranti

Une maison traditionnelle : le mas
Plan de distribution - Les pièces de la maison

Un plan est donc la décomposition d'un volume général en d'autres volumes positionnés les uns à côté des autres. La pièce traditionnellement est donc un lieu défini. On y entre. On en sort.

On a tenté parfois de briser cette sorte de carcan pour offrir des volumes plus ouverts les uns par rapport aux autres jusqu'à ne faire qu'un seul volume avec des possibilités de séparation., à l'instar des maisons japonaises. On conçoit ainsi une grande pièce avec des coins : coin feux, coin cuisine, coin salle à manger, matérialisés par de faibles différences de niveaux ; des cuisines dites "à l'américaine" inscrites dans un volume principal. On est allé jusqu'à perdre cette notion de pièces et ne la laisser subsister que pour la chambre principale et les toilettes. Parfois même, les salles de bain sont intégrées dans la chambre.

Ce type de conception n'a pas donné toutes les satisfactions escomptées. Si c'est en apparence plus conviviale, cela impose une certaine manière de vivre, une difficulté d’adaptation et une perte dans la notion de volume. Rien n'est plus difficile que de vivre avec une absence de pièces distinctes les unes des autres surtout quand dans une maison se côtoient plusieurs membres d'une même famille avec des âges, des rythmes, des activités différentes.

Pour ce qui est du mobilier dans les pièces, il faut faire des distinctions entre agencements maçonnés, meubles intégrés dans la maçonnerie, meubles scellés au mur et meubles que l'on peut déplacer.

Par agencement maçonné, il faut entendre des ensembles entièrement réalisés en maçonnerie comme, par exemple des niches dans l'épaisseur des murs, des cheminées, four, potager, hotte, bancs, dessertes etc...

Par meubles intégrés dans la maçonnerie, il faut entendre des placards dont les portes sont scellées à la maçonnerie, des radassières, des tablettes sur tasseaux de plâtre, des plans de travail etc..

Par meubles scellés, tout ce qui, au service de la maison, est fixé au mur : miroir, cheminée rapportée...

Par meubles que l'on peut déplacer, il faut entendre ceux qui ont une fonction particulière suivant la nature des pièces : armoire, buffet, table, sièges....

- pièce commune - vestibule - entrée - salon - salle à manger -escalier - cuisine - souillarde. - chambre - salle de bains -W-C - garde-robe - placard.
Pièces annexes :
- cave - grenier - préau - porche - ruelle.


Pièce commune

On peut dire que c'est la pièce à vivre, le cœur de la maison, le lieu où l'on se tient, où l'on prend ses repas, où l'on fait la cuisine, où l'on se lave mais où l'on ne se couche pas. La disposition de lit clos est rare.

La proportion de cette pièce était souvent proche du nombre d'or, la surface d'environ 16 à 20 m2 et quelquefois 25 à 30 m2. La cheminée y occupait la place la plus importante sur le mur est ou ouest, face à l'entrée ; cheminée en pierre ou en plâtre. En général, la cheminée était positionnée pour que le conduit soit au niveau du faîtage et non en bas de la pente.

Dans la salle commune, on trouvait des agencements maçonnés comme le potager, la hotte, une niche prés de la cheminée fermée par une petite porte en noyer dans laquelle on plaçait la bouteille d'huile d'olive pour que la proximité avec le feu ne l'empêche de se figer. Le potager était un petit meuble maçonné dans le prolongement de la cheminée qui servait à chauffer les plats sur de petites grilles dans lesquelles on plaçait les braises.

Près de la pile, un égouttoir constitué de planches, avec un rebord, était placé en inclinaison sur des tasseaux en plâtre. Un placard était souvent aménagé dans l'épaisseur de la maçonnerie, fermé par une porte en noyer

Outre ce mobilier maçonné ou intégré, on trouvait la table avec ses tiroirs, les sièges, le buffet, l'horloge, la panetière et un fauteuil pour l'ancien près de la cheminée.


Cette pièce n'était en général éclairée que par une porte et une fenêtre. La hauteur sous plafond se situant entre 2,80 m et 3,00 m. Le plafond était constitué de poutres plâtrées, le sol était soit malloné soit revêtu de dalles de pierres .

Les murs étaient entièrement badigeonnés à la chaux, ainsi que le plafond et les poutres. Ils comportaient une plinthe peinte et un soubassement.

La description de cette pièce commune peut changer selon les pays. A St-Véran, dans le Queyras, elle comportait le lit clos, elle servait aussi d'étable pour les vaches, deux mules, les chèvres et les brebis. La cuisine à côté servait à la préparation du pain, des repas de fêtes, pour la préservation de la cochonnaille et des produits laitiers.
Dans les maisons de villages, cette pièce existait surtout à l'étage.

Souillarde

Cette petite pièce que l'on appelle aussi "cafoucho" est une arrière cuisine qui en provençal "souiardo" signifiait aussi bien l'endroit où on lave la vaisselle que la pierre creusée pour les lieux d'aisance.

Cette pièce réputée sale est en communication directe avec la pièce commune. C'est une arrière-cuisine, un débarras, pièce de rangement, généralement située à l'arrière de la maison en partie sous l'escalier, sur la façade nord et éclairée d'un fenestron. Cette pièce comportait essentiellement des étagères et des claies en bois pour pouvoir ranger les bouteilles vides et faire mûrir les fromages.

Salle à manger

Le mas ne comportait pas de salle à manger ni même de salon. On trouve ces pièces au départ dans les bastides aristocratiques où le besoin de réception était constant. Cette pièce était alors traitée avec un décor riche qui correspond à la magnificence du lieu. L'apparition de la salle à manger remonte au XVIIIème siècle.

Pour des partis plus simples, cette pièce apparaîtra dans la demeure bourgeoise associée au salon, la pièce commune perdant plus ou moins sa vocation pour ne devenir qu'une cuisine essentiellement consacrée à la préparation.

La salle à manger était de proportion calculée suivant le nombre de convives que l'on souhaitait recevoir. Cette pièce était en relation directe avec d'un côté le salon, de l'autre la cuisine et l'office. Elle comportait souvent une cheminée de marbre avec desserte. Le buffet ou placard était intégré dans la maçonnerie, sorte de vaisselier à la fois accessible par la cuisine et par cette pièce.

Souvent traitée en enfilade avec le salon, elle donnait sur la façade sud et la terrasse. Le sol était en dalles de pierre ou en marbre. Le décor en gypserie ou en staff, comportait des médaillons peints, des trumeaux représentant des scènes champêtres ou de chasse.

Cuisine

C'est dans les bastides et les demeures rurales, que la pièce commune perd son rang pour ne devenir qu'un lieu de préparation réservé à la domesticité d'un volume plus ou moins important, on n'hésite pas à la reléguer et à la couper des pièces de réception. Elle devient une dépendance, essentiellement fonctionnelle. Elle comprend les fourneaux sous une grande hotte maçonnée, la table au milieu, la pile près de la fenêtre avec son égouttoir. Elle distribue d'autres dépendances comme la laverie, la souillarde, la cave. Tous les cas de figures sont ici présents et dépendent du parti envisagé, plus ou moins élaboré. La salle à manger ne servant que pour recevoir, si l'on ne reçoit pas la cuisine joue alors le rôle de pièce commune.

Le sol est souvent en dalles de pierre (bards) ou en carreaux de ciment qui ont été placés surtout au XIXème siècle.


Salon

Cette pièce où l'on se tient n'était souvent ouverte que pour de grandes occasions. Elle comportait souvent un décor assez solennel et figé. On ne l'ouvrait souvent que l'été et à Noël. On la tenait, le reste du temps, fermée avec des housses sur les fauteuils et des draps sur les meubles. Les enfants n'avaient pas le droit d'y aller. De nos jours, cette pièce n'est plus celle où l'on reçoit, elle est seulement devenue une pièce de séjour.

Elle avait une proportion assez allongée, (le double rectangle) avec au moins deux fenêtres de proportion haute et d'allège assez basse, donnant sur la terrasse au sud. Elle comportait la cheminée et la radassière, ce grand sofa maçonné, traité en alcôve dans un décor plus ou moins accentué. Elle pouvait aussi comporter un lambris d'appui qui s'inscrivait dans le décor.

Cette pièce, la plus grande de la maison, haute sous plafond (plus de 3 mètres), comportait des poutres plâtrées et soulignées de moulures en gypserie. Les murs étaient recouverts de peinture ou de tissu.

L'accès de cette pièce se faisait par le petit côté avec une porte à double vantaux, en enfilade avec celle de la salle à manger. Dans les partis plus développés, le grand salon communiquait souvent également avec un boudoir, une bibliothèque dans un souci de donner à chacun de ces espaces une gradation et une affectation.

La radassière prenait toute la longueur du panneau sur le plus grand côté pour offrir l'hiver la vue sur les flammes de la cheminée et l'été la vue sur les jardins par la fenêtre.

La cheminée sur le panneau de retour était en pierre et plus souvent en marbre. Elle recevait traditionnellement une grande glace. Le décor du sol généralement revêtu de tomettes formant tapis.se traitait de la même manière que celui de la salle à manger, avec parfois plus de préciosité et de raffinement pour cette dernière.

Le mobilier comportait de petits fauteuils, une bibliothèque, deux petites tables dont une table à jeux.

Entrée, vestibule

Si dans le mas on entrait directement dans la pièce commune, la pièce réservée à l'entrée ne se rencontrait que pour les mas ordonnancés et les demeures. Cette pièce que l'on trouvait après avoir passé la porte d'entrée était d'un volume correspondant à l'importance de la maison. Marqué quelques fois par une arcature ou un voûtement, il répondait à trois fonctions : espace d'accueil au niveau de la porte, espace de circulation pour l'accès à l'escalier et les portes en enfilade et espace pour un vestiaire avec patères et desserte et la fontaine.

Certains partis d'exception concevaient l'entrée comme une véritable pièce traitée avec ampleur. Il fallait sans attendre impressionner le visiteur par son volume et son décor. Il faut retenir que de l'entrée, la perspective de la volée montante de l'escalier doit être particulièrement étudiée.

Dans certaines conceptions contemporaines, on considère souvent cette pièce inutile, entraînant une perte de surface. Si la communication avec les autres pièces ne se fait pas ici, il faut bien qu'elle se fasse ailleurs mais cette fois au détriment d'une autre pièce qui est alors entachée par cette nécessité. Aussi, sommes nous, dans nos conceptions, de plus en plus motivés pour la faire perdurer.

Escalier

Sans entrer dans le détail de l'escalier ce qui obligerait à un long commentaire, cette seule liaison verticale, traitée avec simplicité dans le mas, obtient une expression architecturée dans la demeure et la bastide pour répondre à une nouvelle exigence d'éléments d'ostentation.

Pour le mas, il part comme il peut et il arrive comme il veut. On a peine à le monter et encore plus à le descendre. Il est traité dans un coin étroit. On monte quelques marches pour arriver à un niveau et on en monte d'autres pour arriver à un autre palier en le prenant de biais. Aucune pièce n'est au même niveau. Du fait de ces agrandissements successifs, l'escalier suit le mouvement comme il peut.

Dans la demeure et la bastide, la cage d'escalier est conçue comme un élément en soi, avec volée et palier. Sa largeur est importante pour obtenir de l'aisance, on calcule la hauteur de chaque marche et de chaque contremarche pour pouvoir le monter sans fatigue. Il comprend un limon avec un garde-corps en fer forgé. Il peut être en pierre mais le plus souvent il est mallonné avec des nez-de-marches en bois et la contremarche enduite. On attache beaucoup d'importance aux courbes qu'il peut prendre, à son éclairage, aux perspectives à la montée et à la descente.

Quelques marches créent une différenciation des espaces plus sûrement qu'une simple porte. On descend une ou deux marches vers la cuisine ; on monte trois marches pour aller à la salle-à-manger. Ce sont ces marches qui créent une focalisation de l'imaginaire. "...parfois quelques marches suffisent pour créer oniriquement une demeure, pour donner à une chambre un air de gravité, pour inviter l'inconscient à des rêves de profondeur .."

A l'étage, on trouve les chambres, le couloir de desserte, les pièces d'eau, la lingerie.

Chambre

Dans le mas, la chambre principale située généralement au dessus de la pièce commune est traitée d'une manière monacale. Sa une surface est de l'ordre de 12 à 20 mètres carrés. On ne s'y rend que pour s'y coucher. Eclairée par une ou deux fenêtres donnant sur la façade sud, cette pièce était généralement plafonnée avec au-dessus le grenier.

Les exemples de plafond rampant (qui suit la pente du toit) sont pratiquement inexistants pour des raisons d'isolation thermique. Quelquefois, on rencontre une solution mixte : partie rampante sur la première partie et plafonnée ensuite.

La chambre comprenait le lit souvent en noyer, l'armoire de la mariée, une commode. Le sol était mallonné. Les murs enduits à la chaux et badigeonnés. Cette pièce comportait souvent une cheminée montée au plâtre.

Souvent, une chambre contiguë à la chambre principale servait de chambre d'enfant. Une chambre à donner pour l'ouvrier agricole saisonnier se situait le plus souvent au dessus de la partie écurie.

Les pièces à l'étage se commandaient. On passait par une chambre pour aller dans l'autre. On a cherché à les rendre indépendantes en les desservant par des couloirs. Dans les parties plus élaborées, la chambre peut comprendre une alcôve dans laquelle se place le lit avec part et d'autre une garde-robe et un coin toilette. Cette disposition en alcôve va peut à peu s'imposer en suivant plusieurs tendances : alcôve complète où le lit est entièrement pris par cet espace ; demi-alcôve, alcôve de tête de lit. L'alcôve, pour qu'elle soit réalisable, nécessitait des chambres d'au moins 20 à 30 mètres carrés. La décoration comprenait le traitement de l'alcôve comme un tout compris avec le reste de la pièce.

Dans les programmes importants, on traitait la surface de l'étage par appartement. Chaque appartement comportait la chambre, le boudoir, la garde-robe, la toilette, les commodités avec très souvent,une chambre pour la domestique située tout à côté.

Salle de bains

C'est une pièce qui n'a fait son apparition que très tardivement et seulement pour les demeures importantes.

Dans le mas, on se lavait dans la pile de la pièce commune ou dans un tub en zinc. La nuit, le pot de chambre se trouvait sous le lit.

On a ensuite trouvé un petit placard dit de commodité, dans lequel il y avait la chaise. Une salle de bains nécessite l'eau courante. Dans les villages, cet acquis s'est fait tardivement.

Les annexes

Les pièces annexes sont nombreuses dans les maisons de Provence où l'on a toujours besoin de place pour stocker, ranger, abriter. Elles ne jouent pas seulement ce rôle. Ce sont aussi des "volumes tampons" permettant de tempérer.

La présence d'animaux et la nécessité de matériel agricole obligent encore plus à des dépendances qui viennent en cascade étoffer le volume d'habitation au point que celui-ci perd de son importance. Avec les écuries, les bergeries, les remises, le poulailler, le clapier, le pigeonnier, les hangar, c'est toute une série de volumes qui viennent s'imbriquer les uns dans les autres sur un front aligné ou en décrochement en se refermant sur une cour.

Nous nous contenterons des annexes liées à l'habitation.

Les caves sont assez rares en Provence si on désigne par là un volume complétement enterré. C'est un ouvrage difficile à réaliser surtout si l'on se situe en terrain rocheux, ce qui arrive souvent. On préfère des constructions semi-enterrées ou en élévation plus facile à mettre en oeuvre, bien que la qualité en soit amoindrie. Une "bonne" cave doit donner une température intérieure de 12 à 15° quelle que soit la saison. Elles sont montées en pierres et une obligation de ventilation haute oblige à ce qu'elles ne soient pas entièrement enterrées.

On y place bien sûr le vin en bouteilles ou en barils, mais aussi les pommes de terre, les pommes, les carottes qui peuvent ainsi se conserver tout l'hiver.

Si la cave agit par en-dessous, le grenier par-dessus a un rôle essentiellement bioclimatique. Il permet d'éviter l'été que les tuiles surchauffées ne transmettent la chaleur aux pièces d'habitation qui sont en-dessous et que 'hiver que la température extérieure basse se transmette sans être affaiblie par ce volume tampon.

Etant donné la faiblesse des pentes du toit, le grenier n'est vraiment accessible que dans la partie centrale. Il sert de débarras comme partout ailleurs mais aussi d'accès à la toiture qui a besoin d'être vérifiée régulièrement,et parfois d'accès à une loggia-séchoir que nous avons évoquée précédemment.

La maison onirique tire de la cave et du grenier ses deux pôles extrêmes et les plus propices à l'imaginaire. " En sa cave est la caverne, en son grenier est le nid; elle a racine et frondaison " ou encore : " une maison sans grenier est une maison où l'on sublime mal; une maison sans cave est une demeure sans archétype ..."

Il existe d'autres volumes semi-ouverts que sont les appentis et les préaux.

Profitant de murs existants, il suffit d'une simple toiture reposant sur des piliers pour abriter une charrette, du matériel. De nos jours, ces espaces en général bien abrités du mistral à la fois couverts et ouverts, peuvent donner lieu à une autre destination comme salle à manger d'été, salon d'été, abri piscine etc..Non négligeables, ils concourent à la transition entre intérieur et extérieur dans un pays où on aime bien être entre-deux.

Pour toute information : Atelier Massot

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