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La maison dans son
contexte historique
La Provence grecque - La Provence romaine - La Provence chrétienne - La
Provence médiévale - Rois
angevins et papes français - La
Provence dans le royaume de France - La
Provence de Louis IV - La Provence
du XVIIIéme - La Provence de
la Révolution - La Provence
et le second empire - La Provence
moderne
La Provence grecque
les Phéniciens visitent nos côtes avant le VIIIème siècle
de notre ère mais ce sont les Grecs de Phocée qui, après
avoir visité l'Italie du sud, trouvèrent un golf à
leur convenance, piqueté de quelques îles et s'y établirent.
Le chef de l'expédition, Protis, obtint du roi Ligure Nann, la main
de sa fille Gyptis et la concession d'un emplacement qui allait devenir
Massilia. Pendant cinq siècles, la Provence est grecque et doit recevoir
de nouveaux arrivants venus en grand nombre du nord, que l'on appelle Celtes.
iIs se mêlent aux anciens habitants, leur apprenant à mieux
combattre, à construire des oppida, à être sculpteurs
et céramistes.

La Provence romaine
Marseille n'hésite pas ensuite à devenir romaine et à
appeler du renfort, pour se défendre contre la coalition formée
par les Salyens, les Voconces et les Allobroges.
En 124 avant J.C., le consul Sextius Calvinus démantela la forteresse
salyenne et décida d'y demeurer en fondant, à proximité
d'une source thermale, un poste avancé : Aquae Sextiae (Aix). Marseille
avait désormais sa rivale légendaire et les romains prenaient
pied sur cette terre promise, qui pouvait leur assurer la liaison entre
l'Italie et l'Espagne. Par la construction de routes, comme la via Domitia
et la via Julia Augusta et de tout un réseau secondaire, la Provence
devient une province romaine et les vétérans de l'armée
s'installent avec pour mission de mettre en valeur les terres. Les villae
lieux de résidences et d'exploitations rurales se multiplient. On
apprend à construire avec la technique romaine, à implanter,
à transporter de l'eau, à édifier des monuments, des
aqueducs, des thermes, des arènes ; on apprend l'urbanisme, le tracé
des voies principales (cardo et décumanus) qui mènent au forum
et aux temples. On sait dessiner une colonne, un entablement, une frise.
On apprend les proportions, les modules. Bref, on devient civilisé.
Des provençaux vont à Rome, font carrière dans la politique,
les lettres, les armes.
Cette romanisation n'est pas totale : à côté des villes
romaines, subsistent des villes indigènes. S'il y a le culte officiel
impérial, on peut tout aussi bien vénérer Mithra ou
Cybèle.

La Provence chrétienne
Au IVème et Vème siècle, se situe une période
de prospérité. Arles devient la capitale régionale
au détriment d'Aix et doit repousser les assauts des barbares, comme
les wisigoths, qui tentèrent de pénétrer dans ce doux
pays ; ils réussirent à s'emparer d'Arles et toute la Provence
tomba sous leur domination. A la chute de l'Empire d'Occident ( 476) toute
la Provence est occupée par les Barbares: les Wisigoths au sud de
la Durance, les Burgondes au nord. Après la défaite des Wisigoths
par Clovis, Les Ostrogoths d'Italie prirent leur place .
Le christianisme pénètre la Provence par Marseille et par
Arles (St.Trophime) et la nouvelle religion se répand dans les agglomérations
parmi les humbles, les esclaves, les artisans mais la régression
du paganisme ne se manifeste pas avant le VIème siècle. l'autorité
chrétienne va prendre le relais de la romaine et la puissance de
l'église va se manifester au cours du XVème siècle
par la construction de cathédrales, de baptistères. Le monachisme
provençal commence à fleurir par la construction du monastère
de Lérins et de St. Victor à Marseille. Les évêques
provençaux se rallient aux Francs. La Provence entre dans le Moyen
Age.

La Provence médiévale
Ce sont alors les musulmans qui convoitent la Provence après avoir
franchi les Pyrénées, venant d'Espagne. Ils l'envahissent
et menacent la domination franque. Charles Martel, les arrête à
Poitiers (732), et pour leur barrer l'accès de la vallée du
Rhône, veut soumettre les provençaux qui appellent les Arabes
à leur secours. Après avoir pillé et saccagé
Marseille, Avignon, il dévaste le pays qui a plus souffert de ces
bandes de mercenaires que des invasions du Vème siècle.
La Provence fait partie de l'empire carolingien, administrée par
les comtes et évêques, elle panse ses plaies. L'activité
agricole se maintient autour des Villae, vastes domaines autour desquels
se regroupe un habitat, mais qui présentent une proie facile pour
les nouveaux pirates que sont les sarrasins débarquant sur la côte.
Ce sont de véritables razzias par des commandos qui s'attaquent non
seulement aux paysans mais aux monastères, comme le plus important
d'entre eux, St-Victor qui est détruit, aux villes comme Marseille,
pillée et saccagée.
En 883, les Sarrasins s'installent dans les Maures, à Fraxinedum,
place à partir de laquelle ils peuvent lancer des raids dans l'arrière
pays sans être véritablement inquiétés. La sauvagerie
de leurs méfaits a été telle qu'elle a profondément
marqué le coeur du provençal et qu'il a aujourd'hui encore
ce sentiment d'insécurité peut-être même en exagérant
les méfaits de ces pirates. Il faudra attendre l'intervention de
l'abbé de Cluny, Mayeul, et de Guillaume, comte de Provence, pour
que la Provence soit délivrée en 972. Les terres laissées
par les sarrasins deviennent propriétés des comtes et des
consuls; le pays retrouve un réveil économique avec une forte
poussée démographique.
On reconstruit les villages, on élargit les remparts, on construit
des églises, des chapelles mais on ne veut plus être à
la merci de nouvelles invasions. On recherche les sites sur des proéminences
qui ont par leur configuration topographique une valeur défensive
naturelle que l'on complète de fortifications. Ce phénomène
"d'encastellement" va modifier le paysage rural. C'est la création
des villages perchés, dont beaucoup ont subsisté jusqu'à
notre époque avec la construction du château, du donjon, de
l'église et de maisons paysannes groupées contre, le tout
entouré de puissantes murailles percées d'un minimum de portes.
Ce phénomène va se poursuivre jusqu'au XVème siècle.
Les constructions religieuses sont complétées par des fortifications
avec murailles, mâchicoulis, chemins de rondes. Les chapelles romanes
sont également remaniées par un système défensif.
Il n'y a pas de séparation entre l'architecture civile et militaire,
l'une et l'autre se complétant pour présenter la meilleure
défense face à l'envahisseur.

Rois angevins et papes français
Après la courte dynastie des comtes catalans en Provence, ce sont
les rois angevins qui prennent possession de cette terre par le mariage
de Béatrix, héritière de la Provence, qui l'apporte
en dot en 1245 à Charles 1er d'Anjou. De son côté, la
reine Jeanne, fille de Robert d'Anjou ne va pas hésiter à
vendre Avignon aux Papes pour 80.000 florins, qui étendront peu à
peu leur petit royaume par des échanges et des achats. Les souverains
pontifes, Clément V puis son successeur, Jean XXII séjournent
à Avignon. Benoit XII construit le palais papal, l'insécurité
régnant en Italie.
La Provence subit alors les affrontements entre les branches de la famille
d'Anjou. Les épidémies de peste de 1347 à 1371 vont
l'affaiblir et une partie des terres, de Nice à Barcelonnette, sera
donnée en 1388 au Comte de Savoie. Les troubles politiques, la peste,
entraînent une chute démographique et le dépeuplement
des campagnes.
L'art roman est à son apogée, avec l'édification des
trois soeurs cisterciennes : les abbayes de Sénanque, Silvacane et
du Thoronet. Les cultures traditionnelles sont le blé, la vigne,
l'olivier . Les troupeaux de moutons prolifèrent en Haute-Provence,
de nombreux actes d'habitation (véritable charte d'urbanisme) vont
permettre à une population surtout italienne de venir construire
en Provence des villages et de faire fructifier les terres incultes par
le système des restanques ; parmi eux, les Vaudois du Piémont
viendront s'installer dans le Luberon.
C'est l'époque du Roi René, dont le règne particulièrement
long (1436-1480) permettra un essor économique, le repeuplement des
campagnes, l'activité des foires et du commerce. Une véritable
cour s'installe à Aix, dans son palais, où il séjourna
pendant les dix dernières années de son règne, cour
fastueuse mais dispendieuse : mécénat, musique, chapelle royale,
remaniement du château de Tarascon et construction de bastides. Le
Roi s'intéresse à l'agriculture et à l'élevage
mais ses besoins constants d'argent l'obligent à taxer sévèrement
ses sujets qui garderont cependant de lui le souvenir du "bon roi René".

La Provence dans le royaume de France
Louis XI confie à Palamède de Forbin le soin d'intégrer
la Provence au royaume de France. La Provence conserve son unité
et une partie de ses institutions. Aix voit son rôle de capitale renforcé
par l'installation d'un parlement en 1501. Son intégration au royaume
la place au premier plan dans le conflit des guerres d'Italie.
A peine délivrée des armées de l'empereur Charles Quint,
la Provence va souffrir atrocement des guerres de religion.
Les juifs, les vaudois, sont persécutés et à partir
de 1545, les affrontements impitoyables entre catholiques et protestants
vont à nouveau entraîner une période d'insécurité.
Venant des vallées alpestres du Piémont, de petites colonies
agricoles s'installent dans le Luberon à la suite d'actes d'habitation,
se développent en se référant aux croyances vaudoises
inspirées de la réforme luthérienne et calviniste.
En 1536, des habitants de Villelaure de Lourmarin et de Pertuis furent confondus
d'hérésie, livrés au bras séculier et brûlés
à Aix. Le Parlement d'Aix rendit un premier arrêt qui ne fut
pas exécuté dans un premier temps, contre le village de Mérindol
qui devait être rasé. Cet honneur en revint à Jean Meynier,
Baron d'Oppède, premier président du Parlement, qui prit la
tête d'une expédition militaire aboutissant au massacre des
habitants et à la destruction de villages entiers comme Cabrières,
Peypin, la Motte d'Aigues, Lacoste, Mérindol. Cette sauvagerie, portée
sur un vaste canton provençal, souleva l'horreur.

La Provence de Louis IV
L'agrandissement de l'arsenal des galères de Marseille et la création
du port de Toulon deviennent un dispositif essentiel dans la conduite militaire.
Les villes s'urbanisent, les villages s'agrandissent mais le climat d'insécurité
oblige la plupart des paysans à résider à l'intérieur
des remparts. Ils ne gardent en plaine qu'un cabanon. La Provence argue
de ses privilèges pour refuser toute augmentation de l'impôt
demandé par le Roi.
Avec Mazarin dont le frère est archevêque à Aix, on
assiste à la Fronde et à des troubles incessants par suite
de l'édit de Fontainebleau qui doublait la charge des parlementaires
moyennant finances, les obligeant à ne siéger qu'un semestre,
provoquant ainsi une agitation populaire qui trouvera son paroxysme à
Marseille. Cette ville entre ainsi en rébellion ouverte contre l'autorité
royale. Louis XIV décide de soumettre la rebelle et de la frapper
d'une lourde contribution. Il entre dans la ville le 2 mars 1760 et décide
la construction des forts St-Nicolas et St-Jean pour assurer la surveillance
de cette turbulente cité. Cette réduction à l'obéissance
fut très significative. Elle marqua le début d'un nouveau
régime qui assurait la soumission à l'autorité royale
et allait finalement porter ses fruits dans le développement des
villes et une amélioration des conditions de vie.
L'implantation des villages en plaine, aux carrefours des voies de communication,
vont peu à peu permettre une nouvelle exploitation des sols. De grands
travaux sont entrepris comme l'assèchement des marais.
Le terrible fléau de la peste qui avait déjà sévi
en 1580 et de1629 à 1630 se profila de nouveau en 1720 d'une manière
effroyable entraînant plus de 40 000 morts à Marseille et presque
autant dans la Provence du centre et du sud-ouest.
Ces épidémies de peste ont été une raison supplémentaire
pour l' implantation d'un habitat en plaine qui permettait de fuir les villes
et les bourgs où la contagion sévissait.
A partir de 1690, l'action des intendants fut particulièrement efficace
dans l'industrie et l'économie rurale. Ils s'avèrent de véritables
moteurs dans différents secteurs d'autant qu'ils apparaissent comme
distincts de l'administration rurale. Si les cultures de céréales
et l'élevage sont en stagnation, la vigne se développe ; on
exporte de l'huile, du vin. On importe du blé qui transite par Marseille,
prenant ainsi une première place pour le commerce maritime.
Les conditions de vie s'améliorent mais ce sont les parlementaires
et les négociants qui détiennent les positions sociales les
plus importantes. De grandes familles construisent des bastides, autour
de Marseille et Aix. De grands domaines sont créés. Ce phénomène
du double habitat : hôtels particuliers en ville et bastides à
la campagne, va se multiplier autour du XVIIIème siècle.
Après chaque épidémie de peste, avec les mariages,
les naissances et la démographie accusent une remontée spectaculaire.
Le paysan continue à vivre dans le village en ordre groupé
; les plus audacieux s'installent dans les mas.

La Provence du XVIIIéme
La Provence n'avait pas connu d'invasions étrangères depuis
longtemps mais en 1709, la partie orientale fut envahie par les Piémontais
et les Autrichiens qui mirent le siège devant Toulon. La guerre de
succession d'Autriche amena une nouvelle invasion de 50 000 hommes qui passèrent
le Var et s'avancèrent jusqu'à Draguignan. Elle fut refoulée
par le Maréchal de Belle-Isle.
L'épidémie de peste de 1720 fut la plus meurtrière
et toucha Marseille qui perdit en quelques mois un tiers de ses habitants,
cette épidémie se propagea ensuite dans la basse Provence.
L'économie rurale reste stagnante et le moteur économique
appartient désormais à de riches négociants marseillais
et aux armateurs qui envoient des navires sur toutes les mers du globe.
L'opposition se fait de plus en plus sentir entre la bourgeoisie dynamique,
symbolisée par ces riches négociants et une partie de la noblesse
accrochée à ses privilèges. Marseille avec ses cent
mille habitants dépasse de beaucoup Aix qui se contente d'une place
administrative et judiciaire. De nombreux scandales touchent la noblesse
notamment avec le marquis de Sade et le comte de Mirabeau. En 1787, la perspective
des Etats provinciaux va exacerber l'antagonisme existant entre les privilèges
et la condition paysanne qui demeure très précaire avec la
révolte populaire entraînée par la cherté du
pain au printemps 1789.

La Provence de la Révolution
La Provence se jette ensuite dans la révolution et en 1790 se divise
en trois départements : Digne devient chef-lieu des Basses-Alpes,
Toulon du Var et Aix des Bouches-du-Rhône. Des émeutes populaires
s'appuyant sur le prix du pain et l'abus des stocks de blé, s'accompagnent
de revendications politiques, s'en prennent aux seigneurs et aux notables.
On brûle, on pille.
En juillet 1792, Marseille envoie un bataillon de 500 fédérés
pour défendre la nation face à l'avancée des Autrichiens.
Ils en profitent pour renverser la monarchie. Marseille, touchée
par le blocus qui frappe les Anglais, s'insurge et prône une organisation
fédéraliste du pouvoir. Toulon n'hésite pas à
ouvrir son port aux Anglais. Napoléon Bonaparte est envoyé
pour remettre Marseille et Toulon dans le droit chemin.
On assiste alors, non à une nouvelle invasion, mais à un phénomène
tout aussi générateur d'insécurité, engendré
par le mécontentement et la pauvreté : le brigandage, véritable
phénomène social dont l'implantation fut les massifs forestiers
du Luberon, de la Ste-Baume, ou des Maures. Ce sont de petites troupes de
hors-la-loi de vingt à trente personnes qui n'hésitent pas
à rançonner les voyageurs, les convois, mais s'attaquent aussi
aux riches domaines et aux fermes. Entre elles, se forme un réseau
de complicité avec des indics recrutés aussi bien dans les
hôtels aristocratiques de Marseille ou d'Aix que dans la simple cabane
de bergers. Les opérations de maintien de l'ordre s'avèrent
inefficaces, du fait que ces groupes étaient itinérants et
que les gendarmes et soldats envoyés à leur recherche étaient
pour la plupart étrangers à cette province, ignorant le pays
et la langue. L'avidité de Napoléon en soldats et en impôts
amena des conscrits réfractaires à rejoindre ces bandes de
pilleurs.
La chute de l'Empereur est accueillie avec soulagement. Après son
évasion de l'île d'Elbe et son échec devant la garnison
d'Antibes. L'empereur sait bien qu'il ne peut remonter par Marseille et
par la vallée du Rhône qu'il sait hostile. Il passera donc
par les Alpes, par Cannes, Grasse, Céranon, Castellane. Après
le passage de la citadelle de Sisteron, le "vol de l'aigle" devient
triomphal.

La Provence et le second empire
La Provence s'oppose toujours au pouvoir central après la révolution
de 1848 et lors de l'instauration du Second Empire. Elle affiche la résistance
la plus forte parmi les autres provinces. Si la vie matérielle accède
à un certain progrès, un climat de dureté se maintient.
Néanmoins, le village perché commence son désenclavement
et sa descente dans la plaine. Les routes sont améliorées.
On jette de nouveaux ponts sur le Rhône et sur la Durance. Des hameaux
situés à la jonction de voies de communication s'agrandissent
et deviennent des villages. Les canaux sont améliorés et prolongés.
L'alimentation en eau de Marseille et d'Aix est chose faite après
des travaux gigantesques (barrage Emile Zola, aqueduc de Roquefavour). Le
chemin de fer fonctionne à partir de 1848 entre Avignon et Marseille.
De nombreuses manufactures existent et se multiplient dans les villages
et les villes : savonneries à Marseille, tanneries à Barjols,
fabriques de carreaux à Salernes, papeteries à Fontaine-de-Vaucluse,...
Malgré ces avancées, la situation des agriculteurs reste stagnante
et la production traditionnelle : blé, élevage de moutons,
oliviers et vignes; elle se maintient sans véritable progrès.
Si le département des Basses-Alpes, le plus rural d'entre eux, atteint
une population de 150 000 habitants en 1846, l'exode rural va le faire chuter
un siècle plus tard à 85 000 habitants. Cependant, les grands
domaines se modernisent : recul de la jachère, développement
de nouvelles zones agricoles par le système des terrasses, emploi
des engrais.
C'est sous le Second Empire et la III République que les grandes
villes, surtout Marseille, Avignon, Toulon, deviennent des cités
modernes. L'extension du trafic ferroviaire va permettre le transport des
marchandises et une plus grande spécialisation de la production :
maraîchers, primeurs, fleurs.
Ces grandes mutations n'épargnent pas l'activité agricole.
Il faut savoir évoluer. Disparition de la garance tuée par
les colorants chimiques, déclin de la sériciculture au moment
où l'élevage du ver à soie donnait un plus au revenu
de l'agriculture, crise du phylloxéra qui va stopper les étendues
vinicoles.
Le Second Empire apportera l'ordre et si Napolléon III sait que la
Provence n'est pas bonapartiste, il fait tout pour la rallier à sa
cause. Le département des Alpes- Maritimes est à nouveau créé
après le retour du comté de Nice à la France. La carte
de la Provence est maintenant établie.
Après 1860 et l'assouplissement du régime, la Provence va
entrer dans l'opposition et enverra à Paris des députés
hostiles au régime impérial. Dans le Var et les Bouches-du-Rhône,
là où l'immigration gonfle le potentiel urbain par suite de
l'industrialisation et des grands travaux, c'est la république qui
est majoritaire.
Marseille devient le bastion du socialisme en France, mais des zones rurales
demeurent fidèles à l'ancien régime comme celle du
nord de l'arrondissement d'Arles que l'on appelle la Vendée provençale.
Cette province apparaît donc comme la partie des extrémistes
violents et excessifs, heureusement portés à se monter les
uns contre les autres plus en paroles qu'en actes. Les quartiers bourgeois
des grandes villes restent fidèles à la Provence "blanche"
et la masse populaire à la Provence "rouge".

La Provence moderne
La guerre de 1914 épargne son sol mais non le sang des hommes.
L'entre-deux-guerres est encore plus violent par des séries de manifestations
jusqu'aux élections de 1936 qui montrent clairement le partage entre
le socialisme et la tradition républicaine ; celle de droite menée
par Charles Mauras ne joua qu'un rôle infime.
Jusqu'au milieu du XIXème siècle, la Provence n'était
connue que par ses ports. L'étranger qui s'aventurait sur cette terre
pour aller en Italie en empruntant la route royale (nationale 7), ne quittait
cette route que pour s'aventurer à la Ste-Baume pour le pèlerinage
ou à Toulon pour visiter l'arsenal et le bagne. La Provence était
méconnue du touriste et ce n'était pas les quelques villes
d'eau comme Aix, Gréoux ou Digne, qui pouvaient changer la face des
choses. Le soleil était considéré comme nocif pour
la santé et il ne restait que la douceur de son hiver, comme à
Hyères, pour attirer quelques allemands qui commencèrent à
s'y installer en 1834. On parlait le plus souvent provençal. Ses
monuments étaient méconnus et l'on trouvait normal de construire
des habitations à l'intérieur des arènes d'Arles, de
considérer les remparts d'Avignon comme une réserve de matériaux,
ou enfin de commencer à démolir des abbayes cisterciennes
pour en prendre la pierre. Les abbayes seront sauvées in extremis
par Mérimée.
La vocation touristique annoncée par le Second-Empire va se confirmer
peu à peu et au début de ce siècle, prendre un essor
décisif. Des anglais, des russes s'installent à Nice, à
Cannes, à Hyères. On construit des hôtels de luxe pour
accueillir une clientèle fortunée. On construit des résidences
princières qui sont occupées tout l'hiver. On commence à
restaurer les monuments du passé. Les peintres découvrent
la lumière à la suite de Cézanne comme Van Gogh, Renoir,
Signac, Matisse, Derain, Dufy et plus près de nous, Picasso, Braque,
Masson. Ils s'installent à Aix, à l'Estaque, à Antibes,
Nice, St-Tropez, Arles.
La Seconde Guerre Mondiale semble épargner le Midi, déclaré
zone libre. Après 1942, la Provence payera elle aussi son lourd tribu
: sabordage de la flotte française à Toulon, destruction par
les bombes allemandes du quartier St-Jean à Marseille, bombardements
alliés sur Marseille, Toulon, Avignon et enfin, le débarquement
sur les plages varoises le 15 Août 1944, permettra la remontée
libératrice de la première armée française commandée
par le Général de Lattre de Tassigny.
Après la guerre, la Provence reconstruit et panse ses plaies. Elle
se fait l'écho des grands événements de la capitale
: manifestations liées à la guerre d'Indochine, visite du
Général-de-Gaule en 1958. C'est surtout, après la guerre
d'Algérie, le retour des Français (plus forte proportion de
rapatriés que dans les autres régions de France) qui va redonner
une croissance économique et un nouveau départ aux agglomérations
de Marseille, Aix, et Toulon. On construit pour les accueillir des "résidences"
et une cité entièrement nouvelle : Carnoux, dans un site pierreux
entre Aubagne et Cassis.
La vocation touristique de la Provence va devenir son fer de lance : tourisme
de congrès, tourisme de découverte du patrimoine historique,
tourisme de festivals. L'agriculture traditionnelle subsiste mais en se
spécialisant ; c'est aussi le développement de l'industrie
lourde : sidérurgie, pétrochimie (Fos, Etang-de-Berre) et
puis actuellement, l'industrie de haute technologie non polluante implantée
dans des métropoles comme à Nice ou Château-Gombert
à Marseille.
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