© Photos C. Duranti

habitat groupé : Maison de village - Maison à loggia - Hameau

Cet habitat groupé s'est agglutiné, comme nous l'avons vu, sur des sites perchés ; il s'est développé sur des coteaux faiblement inclinés et bien ensoleillés. Il s'est maillé à la jonction de nœuds de communication, lieux d'échange et de rapprochement.

Pendant le Moyen-Age on a vu que l'insécurité était telle qu'elle avait déterminé à elle seule les implantations lovées sous le château sans autre considération que celle d'être le plus à l'abri possible à l'intérieur d'une enceinte sous la protection du donjon. Les maisons s'agglomérèrent en gradins le long des courbes de niveaux. Elles se sont tellement agglutinées qu'elles se pénètrent les unes les autres et il n'est pas rare de voir la cave de l'une de ces maisons se situer sous une autre, le premier étage se situer sur le rez-de-chaussée d'une autre propriété foncière. Etant donné que ces maisons avaient une hauteur sensiblement identique, sur une élévation à trois niveaux (rarement quatre), le relief du site se retrouvait dans les toitures, les maisons épousant le relief, d'où une intégration qui collait au site du terrain. En voyant les maisons s'étager sur les flancs d'un site perché, on peut ainsi avoir une idée exacte du relief. Comme le site choisi était d'une beauté vierge dans ses lignes topographiques, les maisons construites en anneaux plus ou moins périphériques ne faisaient que souligner dans leur épanelage le relief sur lequel elles avaient été posées.

Aucune autre considération ne s'imposait si ce n'est celle de la sécurité : Un maximum de maisons, dans une enceinte au périmètre le plus réduit possible, ne venait pas perturber le phénomène de l'encastra. Les considérations d'ensoleillement ou d'accès sur des pentes plus faibles n'ont pris leur importance que plus tard. On n'hésite pas à construire sur des versants nord exposés au mistral et on ne tient pas compte des problèmes d'accès. Il faudra attendre la création de nouveaux faubourgs au XVIIIème et surtout au XIXème siècle pour qu'entrent en ligne de compte ces notions d'ensoleillement et de recherche d'accès plus aisés. On adaptait la construction suivant le tracé de la voirie pour mieux satisfaire à ces nouvelles données tout en respectant une cohésion dans le tissu entre le vieux noyau du castra et celui du XIXème.

Ne pouvant plus s'étendre le long de la rue qui tourne en anneaux, on dégage des espaces à l'intérieur des nouvelles fortifications dont l'agglomération se dote, indépendantes de celle du château ; puis on construit sous forme de lotissements. Les premiers apparaissent en Provence déjà au XIIIème siècle pour se répandre au XVIème et consistent en un découpage préalable de parcelles offertes ensuite au constructeur. La parcelle dicte l'emprise de la construction.

Le lotissement qui est une division de terrain en lots est donc une forme ancienne déjà présente dans l'extension des faubourgs. Ils se sont intégrés parfaitement en continuité avec le tissu ancien. Les lotissements modernes n'ont plus ces exigences urbanistiques. Ils répondent à un zonage arbitraire sans recherche dans la répartition des masses et sans le respect des règles les plus simples. C'est un urbanisme sauvage qui consiste à saupoudrer plus ou moins densément sur un terrain des maisons et l'on semble se satisfaire à bon compte par la mise en place de voiries, de réseaux de desserte et de l'application d'un règlement du lotissement qui n'a pour objet que de confondre encore plus et d'obliger à une pauvreté architecturale.


Maison de village

La maison s'inscrit sur une parcelle de forme irrégulière polygone à quatre côtés dont deux, opposés, sont rarement parallèles d'où l'ingéniosité qu'il a fallu prodiguer pour construire une maison sur des surfaces aussi irrégulières, difficulté accrue par une seule prise étroite sur rue (à l'exception des maisons à l'angle de deux rues).

La maison de village a trois mitoyens avec une façade donnant sur la rue. Elle touche les autres constructions mitoyennes généralement sur deux cotés avec une façade sur rue ( sauf si on se situe à l'angle de deux rue ) et une façade opposée sur cour ou sur un autre mitoyen. La contrainte provient de cette insertion et le plan se conçoit d'une manière délicate car il doit respecter ces mitoyens et ne pas gêner les voisins, tout en offrant une habitabilité la plus fonctionnelle et la plus agréable possible surtout au niveau de la lumière, de l'ensoleillement et de l’accès. De nombreux exemples dans les tissus anciens montrent l'ingéniosité qu'il a fallut pour atténuer ces contraintes tout en offrant dans la diversité un résultat de charme et de bonne occupation.

- à une travée et deux travées

L'exemple de l'unité villageoise la plus réduite est celle qui offre une seule pièce par niveau (surface de moins de 30 m2) ; dans le cas de parcelle plus profonde (deux à trois fois la largeur) deux pièces par niveau dont l'une dans le fond est éclairée par une cour et l'autre en façade ; l'escalier, en général, se situant entre les deux pièces. Un vestibule ouvert sur toute la largeur remplace le couloir d'entrée du modèle précédent. Il est souvent séparé de la cage d'escalier par un arc en plein cintre.

- à trois travées

Il permet un axe et une façade ordonnancée ; la distribution se développe plus aisément de part et d'autre de l'escalier auquel on accède en rez-de-chaussée par un vestibule. Avec le modèle à cinq travées on aboutit à l'hôtel particulier

L'escalier hélicoïdal présentant le moins d'encombrement en plan, était pour ces parcelles étroites la seule solution possible. L'élargissement de la parcelle va offrir la solution de l'escalier à volées droites inscrit dans une cage fermée. Les maisons dont ce parti est plus évolué correspond au tissu villageois des XVIIIème et XIXème siècles. Ce type présente une parcelle sur rue d'environ 8m. avec une façade ordonnancée sur trois travées entre jardin en façade et cour à l'arrière. La distribution sur une surface plus généreuse permet aux pièces de ne plus se commander les unes aux autres mais d'être desservies d'une manière indépendante par un couloir.

- à cinq travées

Ce desserrement du tissu est encore plus manifeste au XIXème et XXème siècle. Il va permettre le parti des cinq travées et la maison isolée sur la parcelle avec des zones de recul sur les deux mitoyens, jardin sur rue et jardin à l'arrière plus profond.


Maison à loggia

Disposition assez répandue dans différentes régions, une loggia est un espace ouvert et couvert qui peut se situer soit au niveau de la toiture accessible depuis les combles, soit au niveau de l'étage formant ainsi un abri pour l’accès à la porte d'entrée.

Dans le premier cas, la loggia est abordée par une petite volée, desservie par l’a escalier principal. On peut en voir dans de nombreuses fermes de la région de Forcalquier. Cette loggia sous toit permet de faire sécher le linge mais aussi les produits tels que les figues, les champignons etc.… Ce n'est alors pas une loggia d'agrément mais une loggia d'utilité.

Dans le deuxième cas, elle prolonge un versant du toit et le soutient par des piliers en pierre créant ainsi une pièce ouverte accessible par un escalier extérieur. Il s'agit alors d'abriter l'entrée du logis qui se trouve à l'étage, le rez-de-chaussée voûté étant entièrement dévolu à l'exploitation.

Ces deux façons ajoutent considérablement au traitement de la façade et par leur diversité donnent des exemples d'une grande richesse. On les retrouve aussi bien dans l'habitat groupé que dans l'habitat dispersé.





Hameau

Le hameau est un compromis entre l'habitat dispersé et l'habitat groupé, entre un habitat d'intimité où on a de la place pour s'étendre, évoluer et un habitat de collectivité servi par un esprit communautaire où on a besoin de resserrer des liens familiaux et de s'entraider dans les travaux agricoles.

Ces petits groupements sont en Provence un phénomène fréquent : quelques maisons rurales groupées entre elles et situées à l'écart du village. Par hameau, il faut entendre le groupement de quelques maisons (de trois à dix). Cette émergence du hameau s'est faite tardivement quand le pays s'est sorti d'un climat d'insécurité. Il témoigne d'une relative paix sociale. Il était en fait difficile d'assurer pour un petit groupement de maisons une enceinte fortifiée aussi dissuasive que celle d'un village. Néanmoins, certains hameaux ont été construits avec encore cette volonté de protection : entrée en chicane, murs de clôture…

Le hameau a le plus souvent une origine patronymique. On construit une maison avec quelques dépendances puis quand le fils ou un membre de la famille décide aussi de s'y installer, on construit à côté. On n'est pas gêné pour agrandir d'un côté comme de l'autre. C'est une forme d'architecture habile entre le groupement et la dispersion. Le hameau présente en effet de nombreux avantages qui expliquent son succès. On n'a pas les astreintes de la maison villageoise qui a comme nous l'avons vu, peu de possibilité d'agrandissement et qui de plus, est éloignée du lieu d'exploitation. On n'est pas isolé sur sa terre, les travaux des champs et beaucoup d'autres activités se faisant le plus souvent en communauté comme la cueillette, le ramassage du bois, la fenaison, le cochon ou la charcuterie.

Le hameau idéal dans sa formule relève des deux types à la fois : l'aggloméré et le dispersé. Aggloméré dans sa structure mais suffisamment délié pour retrouver un dispersé qui se touche mollement. De plus, le paysan intervenait constamment sur son bâti pour que celui-ci soit évolutif et réponde le plus près possible à ses besoins. S'il avait très peu de possibilité d'agrandissement dans le tissu dense du village, il avait dans ces petits groupements toute possibilité de le faire . Dans le hameau, il était son propre maître, n'avait de compte à rendre à personne et décidait de son propre chef des implantations futures correspondant à l'évolution de la famille.

Pour toute information : Atelier Massot

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